...pour harmoniser notre milieu de vie
Présenté par le Comité des résidants (es) de la rue Rivard en collaboration avec l’Association des résidants et résidantes du Plateau Mont-Royal (A.R.R.P)
Janvier 2003
Introduction
La cohabitation entre résidants et commerçants sur le Plateau Mont-Royal n’est pas toujours harmonieuse. Les résidants se plaignent très souvent des conséquences qu’a sur leur milieu de vie l’opération de certains commerces : bruit excessif, malpropreté, odeurs désagréables, circulation de camions lourds dans les ruelles, etc. De leur côté, les commerçants se défendent en revendiquant leur droit légitime à tenir commerce, considérant souvent comme exagérées les plaintes qui sont portées à leur endroit. Le but de ce présent projet est de créer un protocole, un modus vivendi , visant à donner des outils aux commerçants et aux résidants afin d’améliorer leurs rapports mais aussi de collaborer ensemble à l’amélioration de leur milieu de vie.
Qu’est-ce que le " Code de bon voisinage " ?
Il s’agit d’une série de principes, très concrets, visant à solutionner tous ces irritants qui agissent négativement sur la qualité de vie d’un quartier et qui peuvent difficilement être régis par une règlementation. Ces principes découlent tous d’un même esprit, d’une même prise de conscience : il s’agit ainsi de réaliser que chaque geste que l’on pose, aussi anodin soit-il, peut avoir des répercussions sur notre environnement. Le " Code de bon voisinage ", et c’est là son deuxième mandat, devient de cette façon un outil pour conscientiser commerçants et résidants de l’importance de préserver la qualité de vie dans notre environnement immédiat et des moyens pour y arriver.
De façon concrète, le " Code de bon voisinage " comportera deux volets : un premier s’adressera aux commerçants et le second, aux résidants. Les réalités de chacun étant différentes, cette division en deux sections est incontournable ; toutefois, ces deux volets relèvent du même esprit de respect et de conscientisation.
Le " Code de bon voisinage " des commerçants
Le volet " Commerçants " s’articule autour de deux parties principales. La première concerne l’esprit général du " Code " ; la seconde s’attaque à des mesures concrètes facilement applicables.
a. L’esprit général du "Code de bon voisinage " pour les commerçants
Il s’agit tout simplement de faire prendre conscience aux commerçants que même s’ils ont façade sur une rue commerciale, ils se trouvent aussi dans un quartier résidentiel. Cette affirmation semble relever de l’évidence mais ce n’est pas le cas. Les commerçants investissent beaucoup d’argent et d’efforts pour soigner la façade de leur établissement, une préoccupation bien sûr légitime et qui contribue à l’esthétisme du quartier. Toutefois, l’arrière de ces mêmes commerces est souvent négligé ; or, c’est dans cet espace arrière, du côté des ruelles, que se manifestent les conséquences les plus négatives engendrées par l’opération des commerces : ordures déposées de façon anarchique sur le bord de la ruelle, manipulation des marchandises et des containers à ordures de façon bruyante, musique qui joue à un volume exagéré dans les cuisines de restaurant, employés qui prennent leur pause dans la ruelle tard dans la nuit et qui sont bruyants, etc.
Ces irritants ont d’énormes répercussions car ils se manifestent à l’arrière des commerces, du côté des résidants. D’ailleurs, tout l’esprit du " Code de bon voisinage " repose sur cette prise de conscience de cet espace arrière que partagent résidants et commerçants : l’arrière des commerces, qui est la principale source de ces irritants, et l’arrière des résidences qui est la zone la plus vulnérable puisque c’est là où se trouvent les cours et où " débouchent " les chambres à coucher. La ruelle devient ainsi une espèce de frontière entre deux réalités ; or, au lieu d’y voir une déchirure urbaine, il s’agit plus simplement, de la part des commerçants, d’avoir en tête que cet espace arrière est partagé par des gens qui ne vivent pas la même réalité qu’eux et qui méritent tout de même qu’on les respecte.
Le " Code de bon voisinage " a donc comme premier mandat de rappeler aux commerçants qu’il y a là, derrière chez eux, des gens qui vivent, qui se reposent, qui dorment et, ce faisant, qui sont vulnérables à la moindre source de pollution sonore, visuelle ou odorante. Cette prise de conscience liée à l’existence de ces voisins qui sont " différents " et qui ne partagent pas la même réalité nous mène à un autre constat : l’absolue nécessité d’être de " bons voisins ", de régler nos problèmes de façon respectueuse et pacifique et de travailler ensemble à l’amélioration de ce quartier où l’on vit et où l’on y fait des affaires.
b. Des mesures concrètes d’application du " Code de bon voisinage "
Bien sûr, au-delà de cette philosophie de respect et d’harmonie, c’est dans l’application concrète que ce " Code " va prendre sa réelle dimension. Au niveau des commerçants, il s’opérationnalisera à deux niveaux : les propriétaires de commerces et leurs employés ; les livreurs et éboueurs.
1. Les propriétaires de commerces et leurs employés
Propriétaires de commerces et employés peuvent contribuer énormément à l’amélioration de la qualité de vie de ce petit bout de quartier où ils travaillent. Le " Code de bon voisinage " leur propose une série de mesures extrêmement simples mais dont l’application aura des conséquences positives importantes pour les résidants qui vivent autour. Ces mesures prennent la forme de leitmotiv, faciles à comprendre et à retenir. Avant de les énoncer, rappelons un petit principe d’électro-acoustique qui s’applique aux ruelles du Plateau : : ces ruelles, de par leur configuration, agissent comme de véritables caisses de résonance ; le moindre bruit est amplifié et repercuté. Un couvercle de container qui claque à une heure du matin peut troubler le sommeil de beaucoup de résidants.
Voici donc le crédo du " bon voisin " commerçant :
• Ne pas faire claquer les couvercles de container (en les ouvrant ou en les refermant)
• Ne pas faire claquer la porte arrière ; la refermer doucement.
• Quand vous prenez des pauses à l’arrière du commerce à une heure tardive, soyez discrets.
• Nettoyez régulièrement les containers à ordures ainsi que l’espace autour duquel ils se trouvent.
• Ne pas laisser les sacs s’accumuler à l’extérieur des containers.
• Si vous faites jouer de la musique dans votre commerce, assurez-vous qu’elle ne soit pas audible de la ruelle.
• En cas de différent avec un voisin (commerçant ou résidant), commencez toujours par l’en informer de façon diplomate et respectueuse.
D’autres énoncés pourraient se rajouter mais dans l’ensemble ce sont là les principaux irritants à solutionner.
2. Les livreurs et éboueurs
Les ruelles cheminant derrière les commerces voient passer des dizaines de camions de toutes sortes à chaque jour. Ces livreurs et éboueurs ont un énorme impact sur la qualité de vie des résidants qu’ils croisent. Le " Code de bon voisinage " s’applique également à eux, sous la forme là aussi de grands
principes :
• Conduisez lentement dans les ruelles : des enfants y jouent.
• N’entrez pas dans la ruelle en marche arrière à moins d’y être obligés. (Note : cette pratique, de plus en plus fréquente, est utilisée par de nombreux camionneurs qui ne veulent pas parcourir toute la ruelle pour en ressortir à l’autre extrémité craignant de perdre du temps ; rappelons que la marche arrière est une manœuvre dangereuse et très bruyante – à cause de l’avertisseur de marche arrière).
• Ne laissez pas votre moteur fonctionner durant un déchargement.
• Si possible, manipulez vos marchandises en évitant tout bruit excessif à l’intérieur comme à l’extérieur de votre véhicule.
• Éteindre la radio dans votre véhicule durant un déchargement. • Évitez de klaxonner inutilement.
On le voit, tous ces principes sont simples, faciles à comprendre et, surtout, peuvent s’appliquer aisément. En fait, ils relèvent tous d’une même prise de conscience : la ruelle n’est pas qu’un lieu de travail, il y a aussi des gens qui y vivent.
Le " Code de bon voisinage " des résidants
Il va de soi que le " Code de bon voisinage " des résidants comporte moins d’items que pour les commerçants, ces derniers, de par leurs activités " industrielles ", ont beaucoup plus d’impact sur la vie d’un quartier. Toutefois, pas question de déresponsabiliser les résidants qui ont, eux aussi, des obligations à respecter, obligations qui s’expriment, encore là, sous la forme de grands principes :
• Les sacs à ordures doivent être déposés au lieu et aux heures prescrites. • Ne pas stationner votre véhicule dans la ruelle de façon à la bloquer. • Ne pas klaxonner inutilement.
• Nettoyez régulièrement votre bout de ruelle, derrière votre propriété. • Respectez le règlement sur le bruit, particulièrement en ce qui a trait à la musique amplifiée.
• En cas de différent avec un voisin (commerçant ou résidant), commencez toujours par l’en informer de façon diplomate et respectueuse.
• Si vous voulez vous débarrassez d’objets encombrants (meubles, électro-ménagers, etc.), la Ville de Montréal peut les ramasser gratuitement ; vous devez d’abord prendre un rendez-vous avec la Ville (872-3434) avant de les déposer sur le trottoir ou dans la ruelle.
Plus important encore que l’énoncé de ces principes, le " Code de bon voisinage " vise à rappeler à tous
les résidants que s’ils ont des droits, ils ont aussi des obligations ; ce faisant, ils peuvent prendre une part active dans l’amélioration de la qualité de vie et de travail de leur quartier.
L’application du " Code de bon voisinage " : des moyens concrets
Le succès de la mise en application de ce " Code de bon voisinage " réside dans notre capacité de le publiciser. Pour ce faire, nous aurons besoin du support de tous nos partenaires : association des commerçants des rues St-Denis, Mont-Royal et St-Laurent, conseillers d’arrondissement, Ville de Montréal (service des Travaux publics), Éco-Quartier du Plateau Mont-Royal. Ce front commun (auquel se rajoutent, bien sûr, le Comité des résidants de la rue Rivard et l’Association des résidants et résidantes du Plateau Mont-Royal, porteurs de ce dossier) permettra de donner une réelle crédibilité à ce projet et contribuera à sa diffusion.
Bien qu’un plan de communication reste toujours à faire, on peut d’ores et déjà identifier certaines étapes essentielles à la promotion du projet. D’abord, la tenue d’une conférence de presse, réunissant tous les partenaires, donnera le coup d’envoi à la campagne de promotion du " Code de bon voisinage " ; le caractère novateur de ce projet - qui pourrait devenir un véritable modèle dans le genre – pourrait nous permettre d’obtenir une couverture de presse allant au-delà des limites du quartier. Commencera ensuite le travail de terrain ; il s’agit de visiter chacun des commerces des trois principales rues commerciales afin de publiciser le " Code " (ce qui pourrait être un travail d’été très intéressant pour des étudiants). Le travail de promotion, lors de ces visites, s’accompagnera de trois outils principaux : un petit briefing de quelques minutes pendant lequel on explique au commerçant et à ses employés ce qu ‘est le " Code de bon voisinage " (avec démonstration à l’appui : par exemple, le bruit que peut faire le couvercle métallique d’un container de vidanges) ; la distribution d’un pamphlet expliquant succintement le " Code de bon voisinage " ; la pose d’une affiche sur la porte arrière du commerce sur laquelle on présente les grands principes du " Code " (tels qu ‘énoncés précédemment dans ce document).
Un second travail de terrain sera mis de l’avant alors que seront parcourues les ruelles afin d’installer des affiches sur les clôtures et les murs arrière des bâtiments (avec l’autorisation de leur propriétaire), ces affiches rappelant les principaux énoncés du " Code " (et, cette fois-ci, s’adressant également aux résidants). Des auto-collants seront également posés sur les containers à ordures. Dans un même élan, des tracts seront distribués dans toutes les résidences avoisinant les commerces afin de rappeler à ces mêmes résidants leurs propres obligations.
Un troisième et dernier mécanisme sera enfin opérationnalisé, dans ce cas afin de rejoindre les livreurs et éboueurs. Sous le prétexte d’un sympathique " beigne et café ", ces camionneurs pourraient être interceptés afin de leur remettre un tract expliquant les quelques principes du " Code " s’appliquant à leur travail.
Pour la suite, il s’agira, pour les résidants et commerçants, de rester vigilants et de se rappeler, de façon pacifique et diplomate, ces principes simples que contient le " Code de bon voisinage ".
Notre expérience à titre de résidants depuis de nombreuses années sur la rue Rivard (donc derrière les commerces de la rue St-Denis) nous laisse croire que ce " Code de bon voisinage " constitue la seule façon de régler, de façon harmonieuse et respectueuse, tous ces irritants qui minent la qualité de vie et
de travail des résidants et de bien des commerçants. Le caractère rassembleur de ce projet en fera certainement un modèle : en privilégiant la sensibilisation à la coercition et en rappelant les obligations qu’impose le fait que nous soyons voisins, le " Code de bon voisinage " constitue un projet avant- gardiste qui contribuera à rendre notre quartier encore plus agréable à vivre et à y travailler...
Texte rédigé par Pierre-Yves Bernard et Huguette Loubert Du Comité des résidants(es) de la rue Rivard
